Lieu Commun

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Ce texte est paru dans le n° 0bis [thème : « libre »] de la revue étoilements en septembre 2007.

J’aimerais revenir ici sur les raisons et les objectifs de l’atelier « nouveaux dépôts » : Pourquoi ce travail sur, et surtout à partir des films récemment entrés au catalogue ?

Parce que le Collectif reste fort de sa diversité. Il me semble important de profiter de cet immense réseau potentiel que représente le catalogue en multipliant les échanges entre acteurs internes et externes. L’atelier a pour but d’intéresser les nouveaux coopérateurs à la structure et inversement. C’est, pour moi, la meilleure des « stratégies » de communication.

Parce que la notion de « jeune cinéma » doit être portée et défendue. Les films expérimentaux d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier, mais ils s’en inspirent, les citent, les critiquent peut-être… Comment le savoir si personne ne s’arrête sur ces travaux pour les réfléchir ? Nous nous trouvons peut-être face à une création trop exposée pour être réellement visible et lisible. La dématérialisation des œuvres, la multiplication des canaux de diffusion (l’individu créant et gérant désormais son propre canal) et l’accélération des flux d’informations, en constituant une sorte d’hyper accès à la culture, rendent obsolète tout espace dédié au « voir ensemble » (on préférera mettre au musée et sur internet, plutôt que dans une salle de cinéma, le film considéré comme œuvre d’art). Ces évolutions empêchent, du même coup, la naissance de toute nouvelle « politique » de création. Sans réunion, pas de politique. Il reviendra bientôt à YouTube ou à Google d’élire le meilleur film expérimental de l’année… Les trois mots qui définissent la coopérative nous incitent à résister : Collectif Jeune Cinéma. À travers cet atelier, il s’agit de reprendre et de poursuivre un travail d’exploration du domaine esthétique à partir des films, en respectant leur unicité et leur complexité.

Parce que le Collectif est un carrefour où se croisent  et se découvrent depuis plus de vingt ans des recherches très diverses. Il y a bien une défense et une résistance des images, qui échappent et débordent le verbe sous toute ses formes (discours, analyses et catégorisations, communications). Elles donnent lieu à une forme toute particulière de rencontre, de personne à personne, silencieuse. Sans espace pour qu’elle se produise, le cinéaste n’existe pas. Pourquoi faire des films ? Pourquoi se réunir autour d’eux ? Parce que nous en avons envie. Cet atelier veut préserver et entretenir ce désir, fondé sur une idée du cinéma comme lieu « en commun ».

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